Dans d'autres cas, les malfaiteurs font preuve d'improvisation. Le 11 mars, dans une petite rue de Lyon, un trio hérissé d'armes longues a tambouriné à la porte d'un atelier en étage, sans parvenir à ses fins. "Ils braquent d'abord, réfléchissent après, c'est la génération du jeu vidéo", résume un enquêteur de l'antigang.
A travers les enquêtes se dessine le profil de malfaiteurs très jeunes, issus des banlieues. L'oeuvre d'un seul gang structuré ? Probablement pas. "C'est un banditisme complètement protéiforme, avec des alliances au gré du vent, composé d'équipes à tiroirs, des projets qui peuvent se monter le matin pour le soir", relate un commissaire de la direction interrégionale de la PJ de Lyon.
Têtes brûlées, pressés, ces nouveaux malfaiteurs ne semblent pas bénéficier des structures du milieu à l'ancienne, comme des "fourgues" capables d'écouler or ou bijoux. Quinze jours après l'attaque de Cartier, les policiers de la Sûreté du Rhône ont trouvé dans le cadre d'une autre enquête la quasi-totalité du butin, 200 000 euros en bijoux et montres, posés en vrac dans un appartement vétuste de Vaulx-en-Velin.
Ces nouveaux bandits sont redoutablement armés, sans pour autant maîtriser leur sujet. Le 14 janvier, une bande a été arrêtée dans une Nissan volée, à Saint-Genis-Laval. Dans l'habitacle, plusieurs armes dont une réplique de CZ Skorpion, 7,65 Browning, pistolet-mitrailleur prisé du temps des terroristes de la bande à Baader. Un trou dans le pare-brise laisse penser qu'un coup de feu est malencontreusement parti de l'intérieur. Au pays du légendaire "gang des Lyonnais", cette équipe soudée des années 1970, aux coups mûrement préparés, le banditisme a pris un virage inquiétant. "A notre époque, on s'organisait pour éviter de calibrer ; ça n'a plus rien à voir, il n'y a plus de règles", constate, de sa retraite, un ancien du gang des Lyonnais.
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