jeudi 8 juillet 2010

"Ils braquent d'abord, réfléchissent après"

"Ils braquent d'abord, réfléchissent après"
LE MONDE | 03.06.10 | 14h55
Lyon Correspondant

es malfaiteurs jeunes, violents, puissamment armés, aux méthodes imprévisibles. C'est le portrait-robot d'une nouvelle génération du banditisme qui déferle sur la région lyonnaise, prenant principalement pour cible le secteur de la bijouterie. L'arrestation par la police judiciaire de trois jeunes gens, mercredi 2 juin, confirme cette évolution radicale de la délinquance. Agés de 22 à 25 ans, originaires de Bron et de Vaulx-en-Velin, ils sont suspectés du braquage d'une bijouterie commis dans la presqu'île de Lyon, mardi en début d'après-midi. Cinq malfaiteurs déguisés en policiers ont pénétré dans les locaux avec une disqueuse - ustensile apparu lors de braquages les 12 mars et 4 avril. Un complice montait la garde sur le trottoir, fusil d'assaut en main pour dissuader les curieux : le même mode opératoire avait été utilisé lors de l'attaque d'une bijouterie Cartier, le 26 novembre 2009 en plein centre-ville. Ils ont pris la fuite à bord d'une Audi RS6 volée en Suisse, en jetant des fumigènes. La PJ a retrouvé le butin et deux fusils Kalachnikov, avec une balle engagée dans le canon.

Sur une douzaine de braquages perpétrés depuis novembre 2009, cinq se sont accompagnés de séquestrations. Ces équipes agissent en commandos, sous forme de raids, où chaque obstacle se franchit en force. Ces coups supposent des repérages et de puissantes berlines volées à disposition.

Dans d'autres cas, les malfaiteurs font preuve d'improvisation. Le 11 mars, dans une petite rue de Lyon, un trio hérissé d'armes longues a tambouriné à la porte d'un atelier en étage, sans parvenir à ses fins. "Ils braquent d'abord, réfléchissent après, c'est la génération du jeu vidéo", résume un enquêteur de l'antigang.

A travers les enquêtes se dessine le profil de malfaiteurs très jeunes, issus des banlieues. L'oeuvre d'un seul gang structuré ? Probablement pas. "C'est un banditisme complètement protéiforme, avec des alliances au gré du vent, composé d'équipes à tiroirs, des projets qui peuvent se monter le matin pour le soir", relate un commissaire de la direction interrégionale de la PJ de Lyon.

Têtes brûlées, pressés, ces nouveaux malfaiteurs ne semblent pas bénéficier des structures du milieu à l'ancienne, comme des "fourgues" capables d'écouler or ou bijoux. Quinze jours après l'attaque de Cartier, les policiers de la Sûreté du Rhône ont trouvé dans le cadre d'une autre enquête la quasi-totalité du butin, 200 000 euros en bijoux et montres, posés en vrac dans un appartement vétuste de Vaulx-en-Velin.

Ces nouveaux bandits sont redoutablement armés, sans pour autant maîtriser leur sujet. Le 14 janvier, une bande a été arrêtée dans une Nissan volée, à Saint-Genis-Laval. Dans l'habitacle, plusieurs armes dont une réplique de CZ Skorpion, 7,65 Browning, pistolet-mitrailleur prisé du temps des terroristes de la bande à Baader. Un trou dans le pare-brise laisse penser qu'un coup de feu est malencontreusement parti de l'intérieur. Au pays du légendaire "gang des Lyonnais", cette équipe soudée des années 1970, aux coups mûrement préparés, le banditisme a pris un virage inquiétant. "A notre époque, on s'organisait pour éviter de calibrer ; ça n'a plus rien à voir, il n'y a plus de règles", constate, de sa retraite, un ancien du gang des Lyonnais.


Richard Schittly
Article paru dans l'édition du 04.06.10

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire