lundi 19 juillet 2010

edito C Barbier

http://dai.ly/ag27wB

grenoble 21 07 2010

"La police n'arrêtera jamais seule la délinquance"

Une arrestation le 17 juillet dans le quartier de Villeneuve à Grenoble.

AFP

Les obsèques de Karim Boudouda, le braqueur du casino d'Uriages-les-Bains, auront lieu ce mercredi 21 juillet. Sa mort avait provoqué l'embrasement de son quartier d'origine, Villeneuve, à Grenoble. Laurent Mucchielli, spécialiste de la délinquance, revient sur ces affrontements.

Le quartier de Villeneuve à Grenoble a été mis à feu, à la suite de la mort de Karim Boudouda, braqueur du casino d'Uriages-les-Bains, abattu - selon sa mère - d'une balle dans la tête par les forces de l'ordre. Comment expliquer une telle montée de la violence?

Ce n'est en rien un phénomène nouveau sur le fond. Un jeune d'un quartier meurt, il y a des représailles. C'est depuis 25 ans le même enchaînement. C'est toujours les mêmes causes et les mêmes conséquences. Cependant la situation matérielle et psychologique des Zones urbaines sensibles (ZUS) s'est encore dégradée depuis le début des années 2000. Et les violences sont encore montées d'un cran entre jeunes et policiers.

Malgré deux tirs cette nuit, on parle d'un retour au calme... N'est-ce pas le signe qu'on a passé un nouveau cap dans la violence?

C'est surtout le signe que certains jeunes gens ont aujourd'hui l'impression de ne plus rien avoir à perdre. Ils n'hésitent pas à prendre le fusil, et pourtant ils encourent de très lourdes peines, comme l'a confirmé le verdict de Villiers-le-Bel.

L'édito vidéo de Christophe Barbier

Nicolas Sarkozy a fait depuis 2002 de l'insécurité son cheval de bataille. Mais la situation ne semble pas avoir évolué.

Il faut arrêter avec le mythe de la délinquance qui se règle par l'action policière. Nulle part dans le monde la délinquance n'a disparue grâce à la police. Ils contrôlent plus ou moins un phénomène, mais jamais ils ne le feront disparaître. On a toujours le droit aux même commentaires sur la sécurité de la part de nos politiques, mais rien ne change. Tant qu'on ne s'attaquera pas au fond du problème, c'est-à-dire les conditions de vie de ces gens, cela se répètera inlassablement.

Vous êtes donc contre l'idée d'un grenelle de la sécurité urbaine, comme le préconise le député-maire socialiste de Grenoble,Michel Destot ?

Oui, je pense sincèrement que c'est une sottise. Une partie de la gauche partage les mêmes erreurs que la droite. Actuellement, on concentre les éfforts sur la rapidité de réaction des forces de l'ordre, et la quantité d'effectifs déployés afin de pouvoir stopper plus rapidement l'embrasement des quartiers. C'est un progrès d'un point de vue policier, mais ça ne change pas le fond du problème. Ce n'est pas dans la sécurité qu'il faut engager des moyens si l'on veut prévenir ce genre d'émeute.

On ne demande jamais aux habitants ce qu'ils en pensent!

Quelle est la solution ?

Il faut arrêter d'injecter de l'argent dans les murs. Il y a de l'argent public, il y en a même beaucoup. Pour le quartier en question, La Villeneuve, de Grenoble, il existe une convention ANRU (janvier 2009) qui prévoit une énorme opération de démolition, reconstruction, réhabilitation et "résidentialisation" pour un montant de 74,4 millions d'euros. C'est de l'argent mal employé à l'évidence! Toutes les enquêtes montrent que les habitants des HLM des quartiers ne se plaignent pas principalement de leur logement, du moment que l'ascenseur fonctionne et qu'un minimum de propreté est conservée. On vit ici une véritable caricature du jacobinisme, où des personnes dans un bureau décident pour d'autres. On demande parfois aux habitants ce qu'ils pensent des projets qu'on a conçu pour eux, mais on ne demande jamais aux habitants quels sont leurs besoins et leurs priorités.

Comment utiliser cet argent public à bon escient?

C'est dans l'humain qu'il faut l'investir! Et en partant des besoins exprimés par les habitants. Le problème de l'échec scolaire pourrait être largement résolu avec de tels fonds, par exemple. De même que bien des problèmes de la vie quotidienne des parents et des personnes âgées. On pourrait aussi réfléchir et imaginer toutes sortes d'emplois et de formation rémunérées pour ces jeunes qui "tiennent les murs" et s'alcoolisent à longueur de soirée, quand ils ne sont pas pris dans la spirale de la délinquance. Refaire les immeubles en laissant les humains à l'intérieur dans le même état de détresse sociale et psychologique est une aberration.

Laurent Mucchielli est sociologue spécialiste de la délinquance et directeur au CNRS.

lundi 12 juillet 2010

Le sentiment d'insécurité a augmenté

Le sentiment d'insécurité a augmenté

Jean-Marc Leclerc
16/11/2009 | Mise à jour : 22:47
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«L'idée qu'on se fait du risque d'être victime est subjective. Les personnes âgées déclarent ainsi peu de faits, mais se sentent vulnérables»
«L'idée qu'on se fait du risque d'être victime est subjective. Les personnes âgées déclarent ainsi peu de faits, mais se sentent vulnérables» Crédits photo : Le Figaro

Les femmes mais aussi les moins de 25 ans se sentent menacés.

Le sentiment d'insécurité a augmenté en France. C'est ce qui ressort de la dernière enquête conduite auprès des victimes par l'Insee pour le compte de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (OND) qui sera diffusée aujourd'hui par son président, le criminologue Alain Bauer. En 2008, le taux de personnes interrogées inquiètes pour leur sécurité est ainsi passé de 9,8 à 10,6 %. Un résultat plutôt cohérent avec la statistique officielle, puisque la situation s'était effectivement dégradée au tournant de l'année dernière, obligeant Nicolas Sarkozy lui-même à sortir du bois pour exhorter ses troupes à réagir.

Le sentiment d'insécurité sur la voie publique a donc augmenté, chez les femmes en particulier, mais aussi chez les moins de 25 ans : «Près de 12 % des personnes entre 14 et 24 ans ont déclaré qu'il leur arrivait de se sentir en insécurité dans leur quartier de temps en temps ou souvent», constatent les experts de l'OND.

C'est en région parisienne que les gens se sentent le plus menacés. Un défi pour sa nouvelle police d'agglomération. «D'autant plus urgent à relever quece qui s'est passé sur le Champ-de-Mars, samedi dernier, avec ces heurts, pourtant prévisibles, liés à l'opération avortée de distribution de billets de banque, n'est pas fait pour rassurer», commente un élu influent de la capitale.

Cette hausse significative du sentiment d'insécurité n'est sans doute pas étrangère à l'autre révélation de l'étude de l'OND : en un an, «la part des personnes de 18 à 75 ans qui ont déclaré avoir sub i au moins un acte de violence physique est passée de 4,2 % à 4,5 %», écrivent ses auteurs. En clair : «Le nombre estimé de victimes de violences physiques s'établit à près de 1 940 000.» Près de 2 millions de victimes… quand les chiffres officiels de la police et de la gendarmerie font état, pour 2008, de 443 671 faits.

Pour être précis, il faudrait ajouter au bilan étatique des crimes et délits celui des contraventions dressées pour violence (pour des ITT de moins de 9 jours). Mais là où la gendarmerie comptabilise 45 133 contraventions en 2008, la police, depuis six ans, se dit incapable de diffuser un chiffre. Un élément pourtant essentiel pour juger de la sincérité de la statistique officielle.

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La délinquance a continué de baisser en 2009

La délinquance a continué de baisser en 2009

Jean-Marc Leclerc
13/01/2010 | Mise à jour : 19:24
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Une patrouille de policie dans un centre commercial de Bobigny.
Une patrouille de policie dans un centre commercial de Bobigny. Crédits photo : AFP

INFO FIGARO - Le nombre de crimes et délits portés à la connaissance des forces de police en 2009 a reculé de 1%, un chiffre sensiblement identique à 2008. Les atteintes aux personnes augmentent de près de 3%.

Alors que Brice Hortefeux doit animer jeudi la conférence annuelle de résultats du ministère de l'Intérieur, Le Figaro est en mesure de révéler les grandes tendances de la délinquance pour l'année écoulée. Comme le laissait présager l'année 2008, avec un reflux de seulement 0,9 % de crimes et délits, la baisse de la délinquance générale connaît un palier. Le niveau des crimes et délits portés à la connaissance des services en 2009 équivaut donc à celui de l'année précédente, autour de 3,52millions de faits, soit 1 %. Décembre a été un mois favorable, qui a évité un renversement de tendance.

Les atteintes aux biens stagnent , autour de 2,2 millions de faits (moins de 1% de baisse). En revanche, les atteintes aux personnes augmentent, d'un peu moins de 3 %. Mais on est loin de l'inflation à deux chiffres des années Jospin. La hausse des violences dites non crapuleuses (autour de 240 000 faits), principalement des violences intrafamiliales, s'accompagne en 2009 d'une hausse des violences crapuleuses, c'est-à-dire commises dans le but de voler (autour de 115 000 faits), alors que celles-ci diminuaient jusqu'alors. Les infractions économiques et financières baissent pour la première fois depuis trois ans, de l'ordre de 3 % (373 000 faits).

Le taux d'homicides le plus bas depuis 1996

Derrière ces évolutions de masse se dessine un bilan contrasté. La situation s'est améliorée sur le front des vols d'automobile (un peu moins de 130 000 faits), des destructions et dégradations, des règlements de comptes entre malfaiteurs (qui diminuent de moitié) ou des homicides et tentatives (près de 200 crimes en moins en un an). Soit le taux d'homicides le plus bas depuis 1996. Mais les vols simples repartent à la hausse, de même que les petites escroqueries aux chèques. Quant au plan de lutte contre les cambriolages, il commence juste à porter ses fruits.

En sept ans, la délinquance générale a diminué de 14 %, faisant environ 500 000 victimes de moins par an en moyenne par rapport à 2002. «Il faut se souvenir du tournant des années 2000, quand la barre de 4 millions de crimes et délits par an venait d'être franchie», rappelle Brice Hortefeux, qui entend bien renvoyer la gauche à son propre bilan : «+ 14 % de hausse de la délinquance entre 1997 et 2002», ajoute-t-il. Et 40 % de hausse des violences.

Passer à une véritable culture du résultat

L'entourage du ministre de l'Intérieur ne manque pas de rappeler que les forces de l'ordre, qui élucidaient une affaire sur quatre en 2001, en résolvent désormais plus d'une sur trois. On valorise aussi l'augmentation régulière des gardes à vue, des mises en cause, des mises sous écrou. Le tout obtenu à effectif constant. Alors que la loi Aubry sur la réduction du temps de travail avait instantanément obéré la capacité opérationnelle des services de 10 %. La préfecture de police de Paris, sous l'autorité du préfet Michel Gaudin, est également citée en exemple. Comme si elle tirait les résultats nationaux vers le haut, avec dans son ressort, désormais élargi aux trois départements de la petite couronne, une chute des crimes et délits pour la huitième année consécutive, de 1,5 % environ en 2009. Ce qui représente un quart de faits en moins depuis 2001. Tandis que la police parisienne a vu son taux d'élucidation passer de 16 à 38 % entre 2001 et 2009!

La conférence de jeudi devrait ouvrir sur d'importantes évolutions dans la présentation des statistiques du ministère de l'Intérieur et de l'Observatoire national de la délinquance (OND), présidé par le Pr de criminologie Alain Bauer. «Pour passer, dit un haut fonctionnaire, de la religion du chiffre à une véritable culture du résultat ».

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jeudi 8 juillet 2010

70 % des élèves trichent pendant leur scolarité

  • 70 % des élèves trichent pendant leur scolarité

    Mots clés : Triche, Fraude, Examens, FRANCE, Université

    Par Marie-Estelle Pech
    29/06/2010 | Mise à jour : 15:03
    Réactions (178)
    La fraude au bac ne date pas d'aujourd'hui, elle existe sous diverses formes depuis la création de ce diplôme.
    La fraude au bac ne date pas d'aujourd'hui, elle existe sous diverses formes depuis la création de ce diplôme. Crédits photo : AFP

    Les meilleurs bacheliers sont paradoxalement ceux qui trichent le plus à l'université.

    Quelque 70,5% des étudiants français avouent avoir triché lors de leur scolarité. Telle est la conclusion inédite d'une étude sur les facteurs de fraude aux examens menée auprès d'environ 1815 étudiants inscrits dans une université pluridisciplinaire française par les chercheurs Pascal Guibert et Christophe Michaut (1). L'ampleur de la tricherie n'avait encore jamais été évaluée scientifiquement en France. Or celle-ci apparaît massive!

    Les étudiants interrogés sont 4,7% à avoir triché dès l'école primaire, 48,3% au collège, 35,6% au lycée et 11,4% à l'université. En revanche, cette pratique reste occasionnelle et se raréfie dans les études supérieures: si 11% disent avoir souvent copié sur leur voisin au collège et 10,9% au lycée, seuls 4,9% le font à l'université. Utiliser une antisèche est plus fréquent. Et demander ou donner la réponse à un autre étudiant restent les formes «les plus répandues de la fraude». La pratique est d'autant plus courante que les étudiants sont peu informés. Seuls 16% d'entre eux savent qu'on peut se faire exclure définitivement pour cela.

    Triche-t-on plus aujourd'hui qu'hier? La fraude au bac existe depuis la création de ce diplôme. «L'usurpation d'identité organisée à grande échelle était un des moyens utilisés à une période où il était difficile de contrôler l'identité des individus», expliquent les auteurs. Aujourd'hui, les nouveaux outils de communication, comme le téléphone portable et Internet, ont beaucoup transformé les moyens de tricher. Selon un rapport de l'inspection générale portant sur l'évaluation à l'université en 2007, il existe un écart important de perception du phénomène selon que l'on interroge les professeurs et administratifs qui «minimisent» la triche et les étudiants qui en font une évocation «inquiétante» en ce qui concerne les examens sur «table». S'agissant de la fraude par plagiat sur Internet, les appréciations sont inversées.

    Rares sont les étudiants qui deviennent tricheurs en entrant à l'université, selon Pascal Guibert et Christophe Michaut. «L'intensité de la fraude aux examens dépend fortement de l'expérience déjà acquise dans ce domaine», disent-ils. Qui a triché beaucoup au collège ou au lycée, trichera beaucoup à l'université. Reste le cas étonnant des meilleurs bacheliers (mention très bien, bien, assez bien) qui se mettent davantage à frauder, une fois à l'université, que ceux qui ont obtenu le bac avec mention passable! Assurés de leur réussite, ils ne cherchent pas à obtenir la moyenne à l'examen, mais à obtenir une meilleure note. «Avant, je n'en ressentais pas le besoin, mais surtout, c'est que je ne pouvais pas. À la fac, lors des examens, la triche est facilement réalisable», explique un bac +2, mention bien, inscrit en sociologie. «J'ai triché parce que les connaissances à avoir étaient trop denses, indigestes», dit une bac +6, médecine, mention très bien au bac. Pour eux, «le gain potentiel vaut le risque quand la probabilité de détection est faible», expliquent les auteurs.

    Les filles moins concernées

    À l'inverse, les étudiants faibles tricheraient moins parce qu'ils ne s'attendent pas à en tirer d'avantages suffisants. Autrement dit, ils pensent être en difficulté qu'ils trichent ou non… Autre enseignement, les «première année» fraudent moins que les autres (26% contre 42%). Sans doute parce qu'«il leur faut apprendre les règles et les attentes universitaires ainsi que les manières de tricher en usage». Le phénomène touche par ailleurs tous les milieux sociaux. En revanche, les filles fraudent moins que les garçons. Quelque 35% d'entre elles n'ont jamais triché contre 25% des garçons. Elles ont une appréciation plus sévère du phénomène. Par exemple, en mathématiques, 53% d'entre elles considèrent que demander à quelqu'un le résultat d'un exercice, c'est tricher, alors que seuls 38% des garçons le reconnaissent! Pourquoi les étudiants trichent-ils? Les chercheurs évoquent un «malentendu» entre les attentes de l'institution pas toujours explicites et celles d'une partie des étudiants qui jugent la charge de travail trop pesante, l'organisation des examens inadéquate et la transmission des savoirs inadaptée, ce qui conduit certains à tricher «sans avoir le sentiment de véritablement le faire».


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    » On triche plus en sciences qu'en droit ou en lettres

    » DOSSIER SPÉCIAL - Tout savoir sur le bac 2010

    » BLOG - La triche, sans remord ni complexe

    » Read this story in English

    (1) «Les facteurs de la fraude aux examens». Revue française de pédagogie, décembre2009, éditée par l'INRP.


    Les risques encourus

    La fraude aux examens peut avoir des conséquences lourdes. Les conseils de discipline des universités adressent des avertissements mais excluent aussi des étudiants fraudeurs. Plusieurs centaines de personnes passent en conseil de discipline chaque année, environ une vingtaine par université. Selon la gravité de la faute, les sanctions vont de l'avertissement à l'exclusion définitive de tout établissement supérieur, en passant par le blâme ou l'exclusion temporaire d'un mois à cinq ans, avec ou sans sursis. Toute sanction entraîne la nullité de la totalité de la session d'examen. Par ailleurs, si un diplôme a été délivré entre-temps, la sanction entraîne le retrait du diplôme. Les fraudeurs du bac risquent quant à eux l'interdiction de repasser l'examen dans un délai d'un à cinq ans. La section disciplinaire de chaque université est composée de cinq enseignants et de cinq représentants étudiants. Après la transmission d'un rapport au président de l'université, des poursuites sont engagées, et l'étudiant passe devant une commission d'instruction. Entendu devant la section disciplinaire, accompagné d'un conseil, il est confronté aux témoins et répond aux questions du président. Après le verdict, un appel demeure possible.


    VOS TÉMOIGNAGES - Vous vous rappelez avoir triché lors de votre scolarité? Pour passer vos examens, vous aviez l'habitude de préparer des antisèches? Vous avez triché occasionnellement? Vous vous êtes faits prendre et vous avez envie de nous raconter votre expérience?

    Faites-nous part de vos anecdotes et vos souvenirs dans les commentaires ou écrivez à temoin@lefigaro.fr.

  • AvatarAmina simanJe suis entièrement d'accord avec Theo1234 car les examens aux USA sont à la porté de tous. Les américains, mais aussi les japonais n'ont pas cette habitude de tricher car pour eux la triche est l'équivalent de la honte et la faiblesse. En plus, il faut savoir qu'on révise pour un examen pour apprendre l'essentiel et non pas pour passer un examen et puis tout oublier. Je ne trouve pas cela étonnant qu'il y a tant de tricheurs. Pour conclure, il faut mettre terme au fraude car cela nuit les plus brillants. Merci
    Le 2/07/2010 à 11:04 AlerterRépondre
    AvatarTheo1234J'ai fais mes etudes en France et aux US. En france, on ne travaille pas pour apprendre mais pour les examens. En plus, les examens sont rarement fait pour tester vos connaissances mais pour vous tendre des pieges. On dirait que c'est la culture Francaise alors ca incite a la triche. Peu importe si on oublie tout le lendemain, au moins on a reussit a eviter les pieges a plusieurs. Et je pense que 70% est moins que la realite. Du plus nul aux meilleurs, tout le monde a triche ou presque. Aux US, tricher est vraiment tres tres mal percu et vraiment personne ne triche. Cependant, les examens sont fait uniquement pour tester les connaissances donc on sait que si on etudie bien, on peut pretendre a avoir un A (ou 20/20) ce qui n'est jamais le cas en France. Donc, culturellement, on est moins incite a tricher aux etats-unis
    Le 1/07/2010 à 04:50 AlerterRépondre
    AvatarArthur MarinLa triche par flemme d'apprendre (surtout par coeur des définitions dont on n'aura pas l'utilité) doit être la raison principale de ce phénomène...
    Le 30/06/2010 à 22:30 AlerterRépondre
    AvatarArthur MarinLa triche par flemme d'apprendre (surtout pour des définitions qui n'ont aucune utilité à être connues par coeur) doit être la raison principale de ce phénomène...
    Le 30/06/2010 à 22:28 AlerterRépondre
    AvatarJames357Consternant et à peine croyable. Et pourtant, presque tout est vrai, comme j'ai déjà pu le constater moi-même en enseignement supérieur. J'ai même vu pire. Mais de là à faire l'apologie de la fraude, non! Je n'ai jamais triché, où que ce soit, et celà ne m'a pas gêné dans mon parcours professionel et dans ma vie personnelle, bien au contraire. Je ne suis peut-être pas normal, mais 3 fois non! Etonnez-vous alors de l'état de notre pays.
    Le 30/06/2010 à 17:06 AlerterRépondre
    Avatarpecheur60il n'y a qu'à voir le niveau des bacheliers d'aujourd'hui pour comprendre.........+ de 85% de réussite ? s'il y a 84,5 % de tricheur, on retrouve les 2 à 3000 candidats qui sortiront des grandes écoles, mais est-ce leur faute ?? des élèves entrent en 6ème en ne sachant pas lire , pas de redoublement, aprés la 3ème on voit en classe de seconde des élèves ne sachant pas faire une division à décimales...ce qui est sur c'est qu'ils connaissent facebook,les blogs etc. par coeur, et pomper les devoirs sur le NET , aussi
    Le 30/06/2010 à 15:12 AlerterRépondre
    AvatarVERTUSJ'ai été expulsé du lycée pour avoir triché pendant un examen de métaphysique ; je lisais dans les pensées de mon voisin.
    Le 30/06/2010 à 15:08 AlerterRépondre
    AvatarArchibald Detroux"inscrire plusieurs réponses en espérant que le correcteur accordera des points pour l'une d'entre elles".... ... c'est "tricher" ca!!!?? n'importe quoi! J'ai l'impression que l'étude de Pascal Guibert et Christophe Michaut n'ait pas été faite très sérieusement! pourquoi pas "cocher une case au hasard dans un QCM" ou "dessiner dans la marge" tant qu'on y est!
    Le 30/06/2010 à 10:28 AlerterRépondre
    AvatarkovitchIl n'est pas impossible que 100% de la classe politique triche aussi.
    Le 30/06/2010 à 10:28 AlerterRépondre
    AvatarMarsuon comprend mieux pourquoi le gouvernement est aussi mal dirige aujourd'hui.
    Le 30/06/2010 à 04:24 Alerter

Grand banditisme : deux policiers toujours en garde à vue

Grand banditisme : deux policiers toujours en garde à vue
LEMONDE.FR avec Reuters | 07.07.10 | 11h20 • Mis à jour le 07.07.10 | 11h27

eux des six policiers interpellés mardi dans le cadre d'une enquête sur des fuites qui auraient pu servir au grand banditisme étaient toujours en garde à vue mercredi, a-t-on appris de source policière. Les quatre autres ont été libérés mardi après-midi après avoir été auditionnés par les enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale.

Les policiers – gradés et gardiens de la paix – sont soupçonnés d'avoir divulgué des informations sur des enquêtes en cours. Membres de la sécurité publique, les six sont affectés dans le Gard et les Bouches-du-Rhône : deux d'entre eux sont en poste à Nîmes, les quatre autres à Marseille et dans les communes voisines d'Allauch et Plan-de-Cuques. Vendredi dernier, un policier de la section financière de la direction interrégionale de police judiciaire de Marseille, soupçonné du même type de faits, a été mis en examen pour "violation du secret de l'instruction" et écroué.




Le 15 avril 2008, la ministre de la Justice, Madame Dati, avait installé officiellement une « Commission chargée de formuler des propositions pour réformer l’ordonnance du 2 février 1945 sur l’enfance délinquante », dite Commission Varinard, qui doit rendre son rapport fin novembre 2008. Lors du discours d’inauguration, la ministre a justifié la création de cette commission par plusieurs arguments. L’un d’entre eux fait aujourd’hui consensus chez tous les professionnels et les observateurs : la nécessité de reconstruire un texte de loi clair et cohérent là où les magistrats utilisent actuellement un texte très compliqué, réformé à une trentaine de reprises depuis 1945. Mais ce « toilettage » ou cette « simplification » est bien loin d’être le seul enjeu de cette nouvelle réforme en préparation. L’on peut même se demander si ce n’est pas un prétexte tant il s’agit surtout de durcir une fois encore le droit pénal des mineurs pour pouvoir condamner plus de jeunes, plus vite, plus tôt dans leur jeunesse et à des peines plus dures. On le sait, tel est l’air du temps depuis la fin des années 1990, et de nombreuses réformes de la justice des mineurs ont déjà eu lieu ces dernières années, qui allaient toutes dans le même sens1. Notamment les lois Perben I en 2002 et Perben II en 2004, les deux lois sur la récidive en 2005 et 2007 ou encore la loi sur la prévention de la délinquance de 2007, dont certaines dispositions ne sont même pas encore entrées en vigueur… Pourquoi donc en rajouter encore ? La réponse est elle aussi toujours la même depuis plus de dix ans : la délinquance des mineurs serait un problème toujours plus grave (ce qui amènerait du reste assez logiquement à relativiser l’efficacité des lois). Cette aggravation permanente et continue serait un constat évident, indiscutable, prouvé par les chiffres.

  • 2 [http://www.presse.ju(...)

2Lors de l’installation de la Commission Varinard, un dossier de presse fut ainsi remis aux journalistes, comprenant une série de données statistiques2. Ces dernières furent aussi projetées à travers un petit film montré à l’assistance et accompagné de messages chocs :

« La population de mineurs délinquants a augmenté de plus de 360 % en moins de 50 ans ».

« Alors que la délinquance des mineurs augmente, le nombre de condamnations stagne ».

« En 2006, plus de 57 000 mineurs ont été condamnés, dont plus de 700 pour des crimes ».

« À l’aube du XXIe siècle, la délinquance se durcit : en moins de dix ans, les condamnations des mineurs ont crû de 150 % ».

« Les progressions les plus fortes sont constatées chez les moins de 13 ans ».

« La délinquance est plus jeune ».

« Cette délinquance des plus jeunes est un phénomène inquiétant ».

3Enfin, tout récemment, tandis que se profile la remise du rapport de la « Commission Varinard », la ministre de la Justice a prononcé à la télévision publique les paroles suivantes :

Il y a environ 4 millions de mineurs entre 13 et 18 ans […]. Il y a 204 000 mineurs qui sont mis en cause pour des actes graves. Des mineurs délinquants, Arlette Chabot, c’est des violeurs, des gens qui commettent des enlèvements, des trafics de produits stupéfiants, qui brûlent des bus dans lesquels il y a des personnes. Les mineurs délinquants qui sont incarcérés ou placés en CEF y sont majoritairement pour des actes de nature criminelle. Il est important de faire cesser cette spirale de la délinquance.

  • 3 Le 16 octobre 2008 dans l’émission « À vous de juger » de la chaîne France 2, qui peut être aiséme (...)

Quand je suis arrivée au ministère de la Justice, j’ai demandé à tous les procureurs que, dès qu’il y a une infraction commise, il y ait une réponse pénale. Parce que, souvent, le mineur était sanctionné au bout de la 52èmefois. Y’a pas longtemps, je viens de rencontrer un mineur à l’EPM de Marseille, 190 délits, 52 fois condamné. Alors à un moment donné, il faut mettre un coup d’arrêt à cette délinquance. […] [la ministre aborde ensuite le sujet des peines plancher et de la répression accrue]. Ça a conduit à quoi ? Les résultats sont là : la délinquance a fortement baissé. Et en même temps, alors qu’on a une réponse beaucoup plus ferme sur les mineurs délinquants, la délinquance des mineurs continue d’augmenter. Pourquoi ? Parce que les outils juridiques, le texte qui est applicable aux mineurs délinquants n’est plus opérationnel 3 .

  • 4 Les statistiques de police sont publiées annuellement à La Documentation française et sont en accè (...)

4Notre propos (et notre compétence professionnelle) n’est pas ici de discourir sur la philosophie du droit, ni sur le contenu juridique de l’Ordonnance de 1945 et sur celui de la réforme envisagée. Il est en revanche de soumettre à quelques vérifications le diagnostic qui prétend justifier ces réformes, en regardant d’un peu plus près les données statistiques officielles, celles-là même que produisent les services de l’État, dont se réclame le gouvernement et que chacun peut consulter sur Internet4. Cet examen que nous voulons impartial va vérifier une fois de plus que les chiffres ne parlent jamais d’eux-mêmes : quelqu’un les fait toujours parler et tente souvent de leur faire dire ce qui l’arrange.

Préambule : données disponibles et rappel méthodologique

5Plusieurs types de séries statistiques émaillent les discours que nous examinons, il faut rapidement rappeler leur nature :

6A- La statistique de police (et de gendarmerie) renseigne d’abord sur les « faits constatés » : telle année, nous avons dressé tant de procès-verbaux pour vols, agressions, etc. Mais la majorité de ces faits « constatés » n’ont pas été « élucidés » et l’on ne connaît donc pas leurs auteurs (on ne sait donc pas s’ils sont majeurs ou mineurs, par exemple).

7B- Lorsque, au contraire, les faits sont élucidés, la statistique de police (et de gendarmerie) renseigne ensuite sur les « personnes mises en cause » à l’issue des enquêtes. Et elle indique notamment si ces personnes sont majeures ou mineures. Mais cette « mise en cause » policière ne signifie pas que les personnes seront poursuivies de la même manière (sous la même qualification des faits) par la justice, ni même qu’elles seront reconnues effectivement coupables (les dossiers policiers peuvent manquer de preuve par exemple).

8C- La justice produit également ses statistiques. Au niveau des parquets, l’on peut ainsi voir ce qui est retenu des procédures policières, mesurer l’orientation des affaires et les modes de traitement judiciaire.

9D- Au niveau des magistrats du siège, une statistique des condamnations est publiée chaque année à partir des registres du casier judiciaire. Elle renseigne sur les « personnes condamnées », notamment sur le fait qu’elles soient majeures ou mineures, en donnant de surcroît un détail par tranches d’âge que ne connaît pas la statistique policière.

10Rappelons enfin que ces statistiques administratives ne sont en aucun cas des enquêtes annuelles à visée exhaustive visant à mesurer l’évolution des comportements délinquants dans la population générale. Elles sont le résultat des procédures réalisées sur la partie de la délinquance qui est poursuivie par ces institutions. Et cette partie varie non seulement en fonction de l’évolution des comportements, mais aussi en fonction de l’évolution du droit pénal qui définit les infractions, et en fonction des politiques de sécurité qui donnent pour consignes aux forces de l’ordre et aux parquets de poursuivre plus ou moins tel ou tel type d’infractions. Pour approcher non pas le résultat de l’activité des institutions mais la réalité des comportements, il faut donc regarder aussi les résultats des enquêtes scientifiques réalisées sur des échantillons représentatifs de la population : enquêtes de victimation et enquêtes de délinquance auto-déclarée. Entrons à présent dans les résultats du test.

Premier constat : il n’est pas vrai que la délinquance des mineurs ne cesse d’augmenter tandis que celle des majeurs baisse

11À l’examen des statistiques policières (la série des « personnes mises en cause »), il apparaît que l’augmentation générale de la délinquance enregistrée depuis une trentaine d’années n’est pas spécifique aux mineurs : elle concerne tout autant les majeurs. Or, ceci est systématiquement dissimulé dans les discours que nous évaluons. Il reste donc à prouver que la délinquance des mineurs connaît une évolution spécifique. En comparant l’évolution de la part des majeurs et de celle des mineurs parmi les personnes « mises en cause », l’on fait alors ce constat étonnant et qui contredit les discours cités : après avoir fortement augmenté entre 1994 et 1998, la part des mineurs dans l’ensemble des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie n’a au contraire cessé de baisser depuis dix ans, passant de 22 % en 1998 à 18 % en 2007. C’est ce que montre le graphique 1 (voir annexe) où l’on constate à la fois la hausse continue du nombre de personnes mises en cause (échelle de gauche en chiffres bruts) et la baisse de la part des mineurs (échelle de droite en pourcentage).

Deuxième constat : il n’est pas vrai que les mineurs délinquants sont « de plus en plus jeunes »

12La statistique judiciaire des condamnations est donc la seule à fournir des tranches d’âge permettant de tester l’hypothèse du rajeunissement de la délinquance. Comme toujours, cet indicateur n’est pas parfait (ce sont seulement les personnes condamnées), mais c’est le seul disponible. Depuis 1989, pour les mineurs, cette série statistique distingue les moins de 13 ans, les 13-16 ans et les 16-18 ans. Il suffit alors de faire quelques calculs pour réaliser la comparaison dans le temps de cette répartition par âge des personnes condamnées par la justice. Et le résultat invalide l’hypothèse du rajeunissement, il montre en effet une stabilité quasi parfaite de la répartition par âge. C’est ce qu’indique le graphique 2 (voir annexe), qui compare la répartition par âge des personnes condamnées sur les deux premières années (1989-1990) et sur les deux dernières disponibles (2005-2006). En réalité, l’écart le plus important est constaté dans la tranche des 40-60 ans et pourrait presque conduire à une hypothèse inverse (un vieillissement…). Par prudence, s’agissant de petits mouvements, on conclura seulement à la stabilité de cette répartition par âge, ce qui constitue une contradiction flagrante de discours « ils sont de plus en plus jeunes », etc.) qui sont devenus de véritables lieux communs du débat médiatico-politique depuis le début des années 1990.

Troisième constat : il n’est pas vrai qu’il existe un problème grave et particulier avec les mineurs de moins de 13 ans

13Discourir sur la délinquance des enfants de moins de 13 ans et donner des chiffres bruts sans point de comparaison avec les autres tranches d’âge n’a pas de sens. Seule une comparaison systématique peut autoriser à tirer quelques enseignements et à repérer d’éventuelles spécificités ou d’éventuels changements (voir le tableau 1 en annexe).

14En réalité, avec 2 022 personnes condamnées en 2006 sur un ensemble de 614 231, la part des enfants de moins de 13 ans représente seulement 0,3 %de l’ensemble. Par comparaison, la part des plus de 60 ans est huit fois plus importante… Le tableau 1 fournit à la fois un détail du poids de chaque tranche d’âge dans l’ensemble des personnes condamnées et par types d’infractions. On y constate que les moins de 13 ans représentent 1,5 % des personnes condamnées pour viols, 1,8 % pour dégradations et 2,9 % pour agressions sexuelles. Dans toutes les autres catégories, les moins de 13 ans représentent moins de 1 % de l’ensemble, et notamment 0 % pour les homicides. On constate aussi que plus les violences volontaires sont graves (CBV avec ITT supérieure à 8 jours), plus la part des mineurs est faible. En réalité, le seul type d’infractions qui semble problématique concerne les infractions sexuelles. Mais l’on sait par ailleurs qu’il s’agit souvent d’affaires intrafamiliales et que leur augmentation est due avant tout à une augmentation des taux de plainte des victimes5, dans le contexte d’un processus général de transformation du statut des violences physiques et sexuelles6. Pour le reste, l’on a affaire essentiellement à des vols, à du vandalisme et à des bagarres qui sont tout sauf « nouveaux ».

15Au demeurant, ce tableau (voir tableau 1 en annexe) renseigne aussi sur les autres tranches d’âge chez les mineurs (qu’on ne commentera pas systématiquement ici) et il renseigne aussi de façon générale sur les mineurs condamnés. On y constate que ceux-ci ne représentent que 10 % (et non plus 18 % comme tout à l’heure) d’un indicateur répressif plus complet que les statistiques de police puisqu’il inclut donc la délinquance routière et les contraventions de 5ème classe.

Quatrième constat : il n’est pas vrai que « Il y a 204 000 mineurs qui sont mis en cause pour des actes graves » ni que « Des mineurs délinquants, Arlette Chabot, c’est des violeurs, des gens qui commettent des enlèvements, des trafics de produits stupéfiants, qui brûlent des bus dans lesquels il y a des personnes »

16C’est une fois de plus la statistique de police que la ministre de la Justice évoque ici puisque, en effet, en 2007, les services de police et de gendarmerie ont mis en cause 203 699 mineurs. Mais dire qu’ils l’ont été pour « des actes graves » et ajouter que ces actes sont des viols, des enlèvements, des trafics de drogue et des atteintes à la vie d’autrui, constitue une très grave déformation de la réalité.

17Nous avons calculé le tableau 2 (en annexe) qui présente le détail du nombre de mineurs mis en cause dans chaque type d’infractions, la part de chacun de ces types dans l’ensemble des mineurs mis en cause et enfin le poids des mineurs dans l’ensemble des personnes mises en cause. L’on y fait plusieurs constats :

  • L’ensemble des faits susceptibles d’être qualifiés de criminels (à savoir les homicides, les viols, les vols à main armée, les prises d’otages et séquestrations et enfin les trafics de drogue) ne représentent que 1,3 %du total des infractions reprochées aux mineurs. A contrario 98,7 % de cette délinquance n’est donc pas constituée par des actes graves du type de ceux cités par la ministre (ce sont des vols, des dégradations, des bagarres, des simples usages de drogue, etc.). Cette dernière a donc présenté pour des généralités des crimes qui sont en réalité des exceptions.

  • Au sein de chaque type d’infractions, plus les faits commis sont graves et moins l’on trouve de mineurs.

  • Un seul fait de nature criminelle est réellement significatif sur le plan numérique chez les mineurs, c’est le viol, dont les victimes sont en général elles aussi des mineurs, appartenant à l’entourage immédiat des auteurs. Et si ces viols ont beaucoup augmenté au cours des dernières décennies, c’est – comme on l’a déjà dit et selon toute vraisemblance – davantage en raison de leur meilleure dénonciation que de l’augmentation de leur fréquence réelle. Reste qu’ils constituent bien un problème, de la compétence des cliniciens (psychologues et psychiatres) à qui l’on ne demande pas plus leur avis qu’aux sociologues…

Cinquième constat : il n’est pas vrai que les mineurs délinquants ne font l’objet que de mesures éducatives ni que les juges sont naturellement « laxistes »

18S’agissant enfin des peines prononcées à l’encontre des mineurs, l’on rappellera ici que les adolescents de 13 à 18 ans7 ne sont d’ores et déjà pas traités de manière radicalement différente des adultes, mais seulement en partie. Le tableau 3 (en annexe) indique en effet que les peines de prison représentent déjà un tiers des peines prononcées à l’égard des 13-16 ans et près de 40 % à l’égard des 16-18 ans. Certes, les adolescents de 16-18 ans bénéficient encore dans 44 % des cas de mesures éducatives mais, premièrement ces mesures ne sont pas toutes de simples admonestations ou remises à parents (il y a aussi des placements), deuxièmement ils sont presque aussi souvent condamnés à des peines de prison. Et c’est quasi systématiquement le cas lorsqu’il s’agit des (rares) crimes jugés en cour d’assises des mineurs.

  • 7 Dont il faut sans doute rappeler qu’ils demeurent des adolescents dans leur développement psycholo (...)

Pour conclure

19L’ambition de cette étude était modeste. Ni réflexion sur les principes généraux du droit, ni point de vue partisan sur le contenu d’une refonte globale de l’Ordonnance de 1945 régissant le droit pénal des mineurs. Il s’agissait « simplement » ici de soumettre à quelques vérifications le diagnostic sur l’évolution de la délinquance juvénile avancé par les pouvoirs publics pour justifier un nouveau durcissement de l’arsenal pénal. Notre conclusion est que ce diagnostic n’est ni neutre, ni objectif, ni fondé. Il apparaît au contraire totalement orienté, ne rend absolument pas compte de la totalité des éléments de connaissance statistique disponibles, dissimule tout ce qui ne « colle » pas avec la démonstration souhaitée, et conduit au final à énoncer de telles déformations de la réalité que l’on peut parler de véritables contre-vérités induisant les citoyens en erreur. Nous l’avions déjà montré à l’occasion de la préparation de la loi dite de prévention de la délinquance et des discours de M. Sarkozy alors ministre de l’Intérieur8. Mme Dati se prépare à ajouter une énième réforme de la justice des mineurs et tente pour cela de la justifier exactement de la même manière c’est-à-dire en déformant la réalité lorsque les autres arguments ne suffisent plus 9. Les questions que l’on peut se poser sont dans les deux cas les mêmes : la volonté de réformer l’Ordonnance de 1945) permet-elle de raconter n’importe quoi (sur la délinquance des mineurs) ? Pourquoi nos dirigeants politiques tentent-ils à ce point d’induire en erreur les citoyens ? Quels sont les véritables objectifs de ces propos et de ces lois ? Et pendant ce temps là, est-ce que des enjeux vraiment importants pour améliorer le traitement judiciaire de la délinquance des mineurs (par exemple le problème des moyens humains et financiers des enquêtes menées durant l’instruction des dossiers et celui des moyens humains et financiers de l’exécution des décisions de justice) ne seraient pas occultés ?

  • 8 Voir Mucchielli, 2007.
  • 9 Toujours lors de l’émission de télévision du 16 octobre 2008, Mme Dati a déclaré : je viens de ren (...)
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Document annexe

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Bibliographie

Bajos N., Bozon M., « Les violences sexuelles en France : quand la parole se libère », Population et sociétés, 2008, n° 445.

Mucchielli L., « Les juges ont-ils "démissionné" ? Repères statistiques sur le traitement judiciaire de la délinquance des mineurs », Melampoulos. Revue de l’Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, 2007, 10, 67-76.

Mucchielli L., dir., La frénésie sécuritaire. Retour à l’ordre et nouveau contrôle social, Paris, La Découverte, 2008a.

Mucchielli L., « Une société plus violente ? Analyse socio-historique des violences inter-personnelles des années 1970 à nos jours », Déviance et société, 2008b, 2, 115-147.

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Notes

1 Voir les contributions de Jean Danet et Christine Lazerges in Mucchielli, 2008a.

2 [http://www.presse.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10093&ssrubrique=10720&article=14451].

3 Le 16 octobre 2008 dans l’émission « À vous de juger » de la chaîne France 2, qui peut être aisément réécoutée sur Internet, par exemple sur ce site.

4 Les statistiques de police sont publiées annuellement à La Documentation française et sont en accès en ligne intégral depuis 2004, les statistiques de justice sont disponibles sur le site Internet du ministère de la Justice.

5 Voir Bajos, Bozon, 2008, 445.

6 Voir Mucchielli, 2008b.

7 Dont il faut sans doute rappeler qu’ils demeurent des adolescents dans leur développement psychologique, quelles que soient leur taille et la quantité de nourriture qu’ils absorbent quotidiennement…

8 Voir Mucchielli, 2007.

9 Toujours lors de l’émission de télévision du 16 octobre 2008, Mme Dati a déclaré : je viens de rencontrer un mineur à l’EPM de Marseille, 190 délits, 52 fois condamné. Alors à un moment donné, il faut mettre un coup d’arrêt à cette délinquance. La journaliste spécialisée dans les questions judiciaires, Dominique Simonnot, a voulu vérifier auprès des services judiciaires de Marseille (magistrats, éducateurs de la PJJ, surveillants de prison) et elle en a conclut que ce mineur n’existait pas (D. Simonnot, « Un mineur 52 fois condamné par Dati », Le Canard enchaîné, 5 novembre 2008, 4).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Laurent Mucchielli, « Note statistique de (re)cadrage sur la délinquance des mineurs », Champ pénal / Penal field, nouvelle revue internationale de criminologie[En ligne], Confrontations, mis en ligne le 16 décembre 2009, Consulté le 08 juillet 2010. URL : http://champpenal.revues.org/7053