C'est un texte essentiel, ce qui explique que malgré la charge de travail parlementaire et contrairement à ce qu'a écrit Le Monde, il a été décidé que ce texte, déjà débattu à l'Assemblée nationale, sera examiné par la commission des lois du Sénat mercredi 2 juin et viendra en discussion en septembre. Cette loi, que j'ai tenu à "muscler", doit être mise en oeuvre au plus vite.
La Loppsi ne délègue-t-elle pas aux collectivités une partie des pouvoirs régaliens de l'Etat ?
Non, la plupart des mesures relèvent de l'Etat. Je pense, par exemple, à la possibilité donnée aux préfets d'instaurer un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans. Jusqu'ici, seul le maire pouvait interdire à des mineurs de circuler la nuit, mais le non-respect de cette interdiction était très faiblement sanctionné. J'en avais assez de ces actes de délinquance ou d'incivisme, comme les poubelles incendiées ou les abribus saccagés. Vous le voyez, l'Etat prend ses responsabilités.
Nous allons aussi mieux protéger les personnes âgées. Ceux qui s'en prennent aux personnes plus fragiles doivent savoir que la sanction sera plus dure.
La méthodologie de l'unique étude gouvernementale sur la vidéosurveillance est contestée par tous les chercheurs. Pourquoi faut-il investir dans la vidéo ?
L'étude menée par les différents corps d'inspection démontre, au contraire, la pleine efficacité de la vidéoprotection par une constatation simple : dans les communes équipées de caméras, la délinquance diminue deux fois plus vite que dans les autres. Et chaque semaine, nous constatons que de plus en plus d'affaires sont résolues grâce à l'exploitation d'images de vidéoprotection.
C'est pourquoi le gouvernement a décidé d'engager un vaste effort, prévoyant 30 millions d'euros de subventions, c'est-à-dire le double de l'année 2009. Force est de reconnaître que ce sont d'abord les villes dirigées par des élus de la majorité qui s'y sont investis, mais je me réjouis qu'au-delà des clivages partisans, de nombreux élus de gauche veuillent désormais en bénéficier. Depuis le début de l'année, nous avons ainsi financé 5 220 nouvelles caméras supplémentaires.
Nick Clegg, le nouveau vice-premier ministre britannique, entend revenir sur nombre de mesures restrictives des libertés, dont les fichiers de police.
La France est un Etat de droit. La constitution de fichiers est donc strictement encadrée et ne porte pas atteinte aux libertés et aux droits individuels. Parallèlement, les bases de données sont indispensables pour traquer les délinquants. Grâce au fichier des empreintes digitales et à celui des empreintes génétiques, les enquêtes aboutissent. Au total, 9 637 enquêtes ont ainsi été menées à bien en 2009 grâce au fichier des empreintes digitales ! Loin d'être liberticides, ces bases de données contribuent à la protection de notre société.
La révision générale des politiques publiques (RGPP) ne contredit-elle pas vos efforts ?
Il y a un million de fonctionnaires de plus qu'en 1992, soit 30 %. Chacun comprend qu'on ne peut plus poursuivre cette frénésie de recrutement. Ce n'est pas dans les moyens de notre pays. La RGPP impose un effort à tous les services de l'Etat. Si les effectifs jouent un rôle important, l'organisation et les moyens de la police et de la gendarmerie sont aussi essentiels. C'est pourquoi le président de la République a décidé de placer la gendarmerie sous le commandement unique du ministre de l'intérieur, que la police d'agglomération parisienne a été créée.
Les résultats sont là. Lorsque j'ai été nommé il y a près d'un an, la délinquance était repartie légèrement à la hausse. Elle est aujourd'hui clairement orientée à la baisse. Le nombre d'homicides a diminué de 50 % en quinze ans et, dans 93 % des cas, les meurtriers sont arrêtés. La puissance publique finit toujours par l'emporter. Il n'y a pas d'avenir pour les délinquants.
Pensez-vous que des annonces après chaque fait divers peuvent tenir lieu de politique ?
Je ne suis pas dogmatique, mais pragmatique. Les formes de délinquance évoluent. Il y aura donc autant de lois, de décrets, de textes, de plans d'action qui seront nécessaires pour y faire face. Qui peut contester que la délinquance d'aujourd'hui n'est pas la même que celle d'il y a vingt ans ? Je pense à l'apparition des bandes, aux vols de téléphones portables ou à la cybercriminalité. Les phénomènes nouveaux nécessitent des réponses appropriées.
Plus largement, ma conviction, c'est que la première des préventions reste la certitude de la sanction. Au total, nous agissons et les résultats démontrent que nous faisons reculer la délinquance.
Nicolas Sarkozy a invité à déjeuner les syndicats de police. Est-il encore possible d'être ministre de l'intérieur après lui ?
Le président reçoit les syndicats agricoles, les syndicats de médecins, les confédérations professionnelles. Pourquoi voudriez-vous qu'il ne rencontre pas les syndicats de policiers ou les gendarmes ? Le président est totalement dans son rôle. Je ressens cette implication dans ce domaine où il a spectaculairement réussi lorsqu'il était ministre de l'intérieur comme un soutien.
Nicolas Sarkozy a déclaré : "J'ai tué le job"...
Il m'a chargé de le ressusciter !
Etre l'ami du président ne dévalorise-t-il pas vos compétences ?
Au contraire, ma proximité avec le chef de l'Etat est perçue comme un atout par ceux qui ont en charge la sécurité. Pour le reste, je ne demande qu'à être jugé sur mes résultats.
Après l'échec des régionales, comment la majorité peut-elle remonter la pente ?
L'analyse des régionales montre qu'il n'y a eu quasiment aucun transfert des voix de Nicolas Sarkozy en 2007 vers la gauche. Parallèlement, s'il n'y avait eu que 7 millions d'abstentionnistes lors de la présidentielle, ils étaient 21 millions aux régionales. Cette double observation doit nous encourager à remobiliser tous ceux qui se sont portés sur Nicolas Sarkozy, conscients que notre pays avait un absolu besoin de réforme pour préserver son rang, son mode de vie, son équilibre et sa cohésion.
Sarkozy semble avoir perdu sa capacité à communiquer sur son action dans les médias ?
Mettez-vous d'accord ! D'autres commentateurs affirment que les médias sont aux ordres du pouvoir. La vérité, c'est que Nicolas Sarkozy dialogue directement avec les Français. C'est un président protecteur qui a pour seule ambition de sortir au plus vite notre pays de la crise économique mondiale.
Les valeurs de l'UMP en 2007, le fameux "travailler plus pour gagner plus", ne sont-elles pas remises en cause par la crise ?
Lorsque le président s'adresse aux agriculteurs, aux médecins, aux chômeurs de longue durée, il parle à chacun d'eux, mais porte un message pour tous, qui est celui des valeurs du travail et de l'effort. Le combat de notre société dans cette période de crise est celui de l'égalité des chances, mais cette égalité ne se comprend pas comme l'attente de droits en se croisant les bras. C'est un ticket d'entrée. Tout reste à accomplir par chacun. L'ascenseur social, ce n'est pas un bouton sur lequel on appuie en attendant l'arrivée. C'est un rude escalier que l'on gravit marche après marche. Notre objectif, au final, est de construire ensemble la nouvelle harmonie française. Chacun a le devoir d'y contribuer.
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